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lundi 11 juin 2018

Entretien avec François Jullien : « Penser comment promouvoir la vraie vie »

 François Jullien

Propos recueillis par Antoine Peillon, avec Isabelle de Gaulmyn (pour La Croix)
François Jullien, l’un des philosophes les plus traduits au monde, a tout de l’intellectuel français tel qu’on se l’imagine, y compris la crinière en bataille. Trois « événements » éditoriaux de ce printemps nous ont amenés à le rencontrer, afin de faire, avec lui, un retour sur son œuvre. En effet, un Cahier de L’Herne (le n° 121) lui est intégralement consacré, sous la direction de Daniel Bougnoux et François L’Yvonnet ; Si près, tout autre ; De l’écart et de la rencontre (Grasset) propose, à nouveau, de « penser l’autre », « ce qui peut relancer la philosophie et, d’abord, nous fait accéder à l’existence » ; enfin, dans Ressources du christianisme (L’Herne)[1], la relecture de l’évangile de Jean permet au philosophe de montrer, « sans y entrer par la foi », combien le christianisme est toujours une « ressource féconde » pour connaître « la vérité qui fait vivre ».[2]

jeudi 7 juin 2018

Théologie. Jésus-Christ, notre contemporain

Que peut-on écrire de nouveau – et de sérieux – sur Jésus-Christ, aujourd’hui ? Et du point de vue de la foi autant que de celui de l’histoire ? Bonne nouvelle : Emmanuel Durand réussit, dans un livre magistral, à renouveler profondément la christologie.

Jésus contemporain. Christologie brève et actuelle,
d’Emmanuel Durand,
Éd. du Cerf, 330 p., 18 €

Dominicain, professeur de théologie à Ottawa (Canada), Emmanuel Durand est déjà auteur d’une poignée de livres de théologie importants, tant par le nombre de pages que par la qualité, tous publiés aux Éditions du Cerf (1). À bientôt 46 ans seulement, la publication de son Jésus contemporain fait démonstration d’une maturité théologique et pédagogique peu commune. Ce nouveau livre, dense, solide et pour autant d’une écriture très limpide, offre, de plus, une méditation très personnelle, sensible, sur les « martyrs de notre temps », sur « la foule des opprimés », car « la figure ”historique” de Jésus se rencontre tout au long de l’histoire et dans le temps présent, à travers la foule des persécutés et des martyrs ».

mercredi 11 avril 2018

Les « racines juives » de la foi chrétienne

Le pasteur et théologien Antoine Nouis raconte, sur le ton de la confidence, pourquoi et comment sa lecture profonde de la Bible hébraïque et des « commentaires des sages du judaïsme » enrichit sa foi chrétienne.

Nos racines juives,
d’Antoine Nouis,
Éditions Bayard, 150 p., 14,90 €

« Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement,/ Et les mots pour le dire arrivent aisément » : ces vers classiques de l’Art poétique (1674) de Nicolas Boileau pourraient offrir un commentaire pertinent du dernier livre du pasteur Antoine Nouis, longtemps directeur de la rédaction de l’hebdomadaire protestant Réforme, aujourd’hui conseiller théologique du même journal. Car, en à peine cent cinquante pages aérées, l’auteur, dont un catéchisme et les prédications publiées sous forme de livres pédagogiques (1) ont connu un incontestable succès, met en œuvre une science exégétique très profonde de toute la Bible, « Premier » et « Nouveau » Testaments unis entre eux comme rarement, sans la moindre complexité d’expression.

jeudi 29 mars 2018

Philosophie. Éclairer l’Évangile, jusqu’au seuil de la foi

La relecture de l’Évangile de Jean permet au philosophe François Jullien de montrer, « sans y entrer par la foi », combien le christianisme est toujours une « ressource » féconde pour connaître « la vérité qui fait vivre ».

Ressources du christianisme,
de François Jullien,
Éditions de L’Herne, 2018, 128 p., 8 €

Le titre de ce petit livre n’est pas trompeur. Et si François Jullien ne précisait, dès son introduction, qu’il entend « dresser le bilan de ce que le christianisme a fait advenir dans la pensée » sans, pour autant, « y entrer par la foi », le chrétien pourrait y lire une quasi-apologie de sa religion. Car la relecture philosophique de l’Évangile de Jean permet à l’éminent helléniste et sinologue, auteur d’une quarantaine de livres traduits dans plus de vingt-cinq langues, de démontrer combien le christianisme originel nous offre d’abord, entre autres bienfaits, la possibilité de ne pas confondre « psuché », le simple fait d’être vivant, avec « zôé », la vie délivrée de son enlisement dans le monde.

mardi 21 mars 2017

Agamben, au sommet de sa théologie de l’histoire

Le philosophe italien, exégète des épîtres de Paul et des Pères de l’Église, a-t-il élucidé la raison véritable de la renonciation de Benoît XVI, en 2013 ? Il en fait, en tout cas, une lecture eschatologique qui interpelle, au-delà de l’histoire propre de l’Église, « la situation politique des démocraties » et la « décision de chacun » face au mal.

Le mystère du mal. Benoît XVI et la fin des temps,
de Giorgio Agamben, traduit de l’italien par Joël Gayraud,
Bayard, 150 p. 14,90 €

Relativement peu connu du public, certes un peu difficile à lire autrement qu’avec la concentration d’un étudiant, le penseur italien Giorgio Agamben, né à Rome en 1942, bénéficie aujourd’hui d’une reconnaissance internationale considérable chez les philosophes, mais aussi chez les théologiens. En témoignent, tout dernièrement, en France, le très riche numéro double de la revue Critique (janvier et février 2017) qui lui est entièrement consacré, ainsi que la publication en un seul fort volume de neuf de ses quelque trente-cinq livres, parmi les plus importants, sous le titre générique d’Homo Sacer (« homme sacré », mais qui ne dispose plus d’aucun droit civique), en novembre dernier (1).

mercredi 15 février 2017

Théologie. Les vertus théologales revisitées

mardi 21 avril 2015

Edgar Morin : « L’encyclique Laudato Si’ est peut-être l’acte 1 d’un appel pour une nouvelle civilisation »

Pour ce sociologue non croyant, l’encyclique du pape François offre cette vision complexe de l’écologie qu’il appelle lui-même de ses vœux.

Vous n’avez pas hésité, après l’avoir lu, à qualifier l’encyclique Laudato si’ (La Croix du 19 juin) de providentielle. Qu’est-ce à dire ?
Edgar Morin : Providentielle, non pas dans le sens de la divine providence ! Mais nous vivons dans une époque de désert de la pensée, une pensée morcelée où les partis qui se prétendent écologistes n’ont aucune vraie vision de l’ampleur et de la complexité du problème, où ils perdent de vue l’intérêt de ce que le pape François dans une merveilleuse formule reprise de Gorbatchev appelle « la maison commune ». Or cette même préoccupation d’une vue complexe, globale, au sens où il faut traiter les rapports entre chaque partie, m’a toujours animé (2).
Dans ce « désert » actuel, donc, voilà que surgit ce texte que je trouve tellement bien pensé, et qui répond à cette complexité ! François définit « l’écologie intégrale », qui n’est surtout pas cette écologie profonde qui prétend convertir au culte de la Terre, et tout lui subordonner. Il montre que l’écologie touche en profondeur nos vies, notre civilisation, nos modes d’agir, nos pensées.
Plus profondément, il critique un paradigme « techno-économique », cette façon de penser qui ordonne tous nos discours, et qui les rend obligatoirement fidèles aux postulats techniques et économiques pour tout résoudre. Avec ce texte, il y a à la fois une demande de prise de conscience, une incitation à repenser notre société, et à agir. C’est bien le sens de providentiel : un texte inattendu, et qui montre la voie.