Prophétisme. La bourgoisie impériale, selon Jacques Ellul (1965)



Jacques Ellul (12 décembre 1990) dans sa maison, à Pessac (Gironde, France). Photo extraite du documentaire The Betrayal by Technology de ReRun Productions (Amsterdam, Hollande).


Jacques Ellul, Histoire des institutions, PUF, 1956 : "Dès le début du XIXe siècle, la bourgeoisie, classe montante, est appelée à être le cadre et la force directrice de la société. Sa situation dominante en économie, son accession progressive au pouvoir, sa mentalité (organisation, moralité, esprit d'entreprise) semble la désigner à remplir ce rôle. Mais en réalité son incompréhension fondamentale des problèmes sociaux, son égoïsme de classe, sa recherche exclusive du confort, son inaptitude culturelle empêcheront la bourgeoisie d'être vraiment l'élite de la société. (...) En 1830, la bourgeoisie accède au pouvoir. Ce fut une ruée sur tous les postes : fonction publique, évêché, corps savants, académie, université. La bourgeoisie remplit toutes les fonctions. En même temps, au point de vue économique la situation s'affermit : les patrons s'unissent en coalitions qui ne sont pas poursuivies judiciairement. (...) L'Empire marqua l'essor le plus remarquable de la bourgeoisie ; mais au lieu d'avoir la suprématie dans tous les domaines, la bourgeoisie est maintenant intégrée dans le cadre de l'impérialisme. Elle a une pleine puissance économique, mais elle sert l'état. La noblesse fusionne alors avec la bourgeoisie. (…) Au sommet, l'on trouve ce que l'on a appelé à juste titre les dynasties bourgeoises. Elles forment un groupe cohérent qui s'est constitué sous le premier empire, par une politique rigoureuse de mariage et de succession et tend à former une caste fermée. Ces dynasties bourgeoises ont atteint, durant notre période, leur apogée sous Louis-Philippe. Elles présentent le trait remarquable d'unir dans les mêmes mains le pouvoir économique et le pouvoir politique. (…) Il s'établit alors toute une idéologie de progrès dans la sécurité, et de la liberté dans l'ordre. Ce qui d'ailleurs sera le moyen de réaliser cela, c'est le développement économique. Le progrès, c'est d'abord le progrès des affaires. (...) Toutes choses étant subordonnées à la production, le bourgeois entendra par liberté le droit d'utiliser la main-d’œuvre en qualité en quantité variable à des prix variables pour rester maître du marché."

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