Prédication du 9 juillet 2017,
temple Port-Royal / Quartier latin (Paris 5 et 13)
Zacharie 9,9-10 / TOB
Le messie humble et pacifique
9 Tressaille d’allégresse, fille de Sion !
Pousse des acclamations, fille de Jérusalem !
Voici que ton roi s’avance vers toi ;
il est juste et victorieux,
humble, monté sur un âne
– sur un ânon tout jeune.
Pousse des acclamations, fille de Jérusalem !
Voici que ton roi s’avance vers toi ;
il est juste et victorieux,
humble, monté sur un âne
– sur un ânon tout jeune.
10 Il supprimera d’Ephraïm le char de guerre
et de Jérusalem, le char de combat.
Il brisera l’arc de guerre
et il proclamera la paix pour les nations.
Sa domination s’étendra d’une mer à l’autre
et du Fleuve jusqu’aux extrémités du pays.
et de Jérusalem, le char de combat.
Il brisera l’arc de guerre
et il proclamera la paix pour les nations.
Sa domination s’étendra d’une mer à l’autre
et du Fleuve jusqu’aux extrémités du pays.
Matthieu 11,25 -30 / TOB
Le Père et le Fils
25 En ce temps-là, Jésus prit la parole et dit :
« Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d’avoir caché cela
aux sages et aux intelligents et de l’avoir révélé aux tout-petits.
27 Tout m’a été remis par
mon Père. Nul ne connaît le Fils si ce n’est le Père, et nul ne connaît le Père
si ce n’est le Fils, et celui à qui le Fils veut bien le révéler.
Prenez mon joug
29 Prenez sur vous mon joug et mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble par le cœur, et vous trouverez le repos de vos âmes.
Jésus prend la parole.
Il nous interpelle : « Venez à moi, vous tous qui peinez
sous le poids du fardeau. »
Mais de quel fardeau s’agit-il ? Et quelle est notre
peine ?
Oui, quels sont le fardeau et la peine de chacune et de chacun
d’entre nous, mes sœurs et mes frères ? Mais aussi, quels sont la peine et
le fardeau de nous tous, je veux dire la peine et le fardeau communs que nous
portons sur nos épaules et qui nous plient, qui nous écrasent même parfois ?
Double question !
Question
personnelle. Et question collective.
Prenons
les deux.
1
- A la question personnelle, la
tradition répond invariablement que chacune et chacun ploie sous la charge du
péché, et que cette charge ne peut être jetée de nos épaules, déposée à terre,
que par la conversion à la parole de
Jésus-Christ.
Or cette conversion est des plus difficiles, des plus rares ;
elle est presque impossible, en vérité, nous le savons bien, nous qui nous
regardons vivre à la lumière intermittente de l’évangile, de la parole de Dieu.
En revanche, nous sentons, chacune et chacun en notre for
intérieur, dans le miroir intime où nous nous regardons sans masque, combien
notre fardeau est comme une nécessité quotidienne qui nous reprend chaque
matin, qui nous roule impitoyablement dans nos plis, nos travers, nos
penchants, notre péché. Combien notre fardeau d’inconverti, de pécheur, est
notre pain noir quotidien, pétri de nos besoins, de nos désirs, de nos peurs,
de nos voracités et de nos renoncements, de nos indifférences et de nos haines…
Ne sommes-nous pas d’autant plus à la peine de porter notre
fardeau d’inconvertis que nous nous estimons sages et intelligents ? Car
Jésus loue son Père, le Seigneur du ciel et de la terre, « d’avoir caché cela
aux sages et aux intelligents ».
Mais qu’est que « cela » veut dire, je veux dire qu’est-ce donc que
ce « cela » que Dieu a caché aux sages et aux intelligents ?
Mais tout l’enjeu de notre évangile de ce matin tient certainement
dans ce tout petit mot de quatre lettres, en français, dans notre traduction de
la TOB : « cela » ! Et de cinq lettres, en grec : ταῦτα / tauta (tow'-tah), le nominatif
neutre pluriel de οὗτος
(oûtos) qui signifie « ceci », ou « cela ».
Le
« cela » de notre texte traduit est donc au pluriel
dans le texte grec original. Or, comme toujours dans la bible, le pluriel est un superlatif.
« Cela », cette chose superlative, c’est-à-dire portée à
son plus haut degré, les versets 25 à 27 de notre évangile du jour nous disent
de quoi il s’agit.
« Cela » au superlatif, c’est ce qui est caché aux
orgueilleux qui se croient sages et intelligents, mais qui est « révélé
aux tout-petits ». C’est la révélation, la « connaissance » du
Père et du Fils, l’un par l’autre et réciproquement, qui est donnée à celles et
ceux qui se font enfants de Dieu et du
Christ.
Car, dans Matthieu 11.25, ces « tout-petits », c’est nèpios,
en grec, c’est-à-dire les enfants en bas-âge, les bébés… Comme dans la première
lettre de Paul aux Corinthiens : « Pour moi, frères, je n’ai pu vous
parler comme à des hommes spirituels, mais seulement comme à des hommes
charnels, comme à des petits enfants en Christ (ôs népioïs en Christô). » (1 Cor 3.1)
« Cela » au superlatif, c’est la grâce de Dieu, sa générosité, son amour. Sa « bienveillance »
dit notre traduction, « eudokia »
selon l’original grec, c’est-à-dire aussi bonne volonté, mais aussi désir,
plaisir, don… Tout une constellation de sens qui est de l’ordre de l’amour.
Saint
Augustin avait parfaitement compris, déjà, combien notre conversion par la
grâce du Père, par sa bienveillance et son amour, combien poser le
« joug » du Christ sur nos épaules d’enfants de Dieu en place du
fardeau de nos péchés est une libération,
un envol qui nous donne soudain des ailes. Qui nous rend léger comme
l’oiseau.
Lisons, dans son sermon 164, intitulé « Le double
fardeau », une prédication dite à Hippone, en 411 :
« « Venez à moi, vous tous qui êtes chargés et
accablés, et je vous soulagerai ». Je vous pardonnerai les péchés passés,
j’ôterai ce qui vous couvrait les yeux, je guérirai les meurtrissures de vos
épaules. Mais en vous déchargeant, je n’oublierai pas de vous charger ; je vous
ôterai les fardeaux qui accablent et je les remplacerai par les fardeaux qui
soulagent. (…) C’est le Christ, c’est le Maître, c’est le Fils unique de Dieu,
c’est le seul Docteur infaillible, le Docteur véritable, la Vérité même qui
crie : « Apprenez de moi ». (…) « Mon joug est
doux, dit-il en effet, et mon fardeau léger (Matt. XI, 28, 32) ». Que signifie
ici léger ? — (…) Ce fardeau
(du Christ) n’est pas un poids qui charge, ce sont des ailes qui soulèvent. Les ailes de l’oiseau ne sont-elles pas
aussi un fardeau ? Et que dire de ces ailes ? Si l’oiseau les porte, elles le
portent aussi. Il les porte à terre et
elles le portent au ciel. Serait-ce avoir pitié de l’oiseau, surtout en été, que de dire : Ce pauvre
petit est chargé du poids de ses ailes, je vais l’en décharger (les lui
arracher) ? En voulant le secourir, ne l’as-tu pas condamné à rester à
terre ? Reçois donc ces ailes de la
charité, porte ces ailes qui t’assureront la paix. Voilà le fardeau du
Christ, ainsi s’accomplit sa loi. »
2 – « Les
ailes de la charité… » Quelle formule ! Et nous voici ramenés ainsi à
la deuxième question. La question collective. Quels
sont la peine et le fardeau de nous tous, je veux dire la peine et le fardeau
communs que nous portons sur nos épaules et qui nous plient, qui nous écrasent
même parfois ?
Ce sont la peine et le fardeau dont les
orgueilleux, ceux qui se disent sages et intelligents, chargent nos épaules, à
nous les « tout-petits ». Ce sont la peine et le fardeau dont les
puissants et les tout-grands de ce monde écrasent les vies des enfants de Dieu.
Or, le seul Seigneur véritable est « doux et humble par le cœur », c’est-à-dire avec courage !,
nous rappelle le verset 29 de notre évangile du jour !
Ce n’est pas exactement le style G20, ni jupitérien, ni élyséen, ni
trumpien, ni poutinien…
Ce n’est ni royal, au sens de Louis XIV, ni impérial, au sens de César ou
de Napoléon, ni pharaonique, au sens de Pharaon qui nous maintenait esclaves en
Egypte…
En revanche, notre « doux et humble » Seigneur est bien dans le
style de ce roi pacificateur dont la venue est annoncée par l’oracle de Zacharie, lors d’une époque aussi
troublée que la nôtre, lorsqu’aux alentours de 330 avant Jésus-Christ, la
conquête d’Israël par l’Empereur Alexandre le Grand fit des ravages :
« Tressaille d’allégresse, fille
de Sion !
Pousse des acclamations, fille de Jérusalem !
Voici que ton roi s’avance vers toi ;
il est juste et victorieux,
humble, monté sur un âne
– sur un ânon tout jeune. »
Pousse des acclamations, fille de Jérusalem !
Voici que ton roi s’avance vers toi ;
il est juste et victorieux,
humble, monté sur un âne
– sur un ânon tout jeune. »
Car tous les princes du monde peuvent bien nous charger de peine et de
fardeaux, notre seul roi, comme celui qu’annonçait Zacharie, est juste, humble
et pacifique, si différent des souverains et des chefs d’état d’aujourd’hui
qu’il réveille l’espérance, qu’il fait renaître force et courage parmi les
exploités et les exilés, les humiliés et les affamés.
Notre seul roi, comme le Messie de
Zacharie, est tellement éloigné de la volonté de puissance et des rêves
belliqueux, tellement humble et pacifique, que lors de son investiture, il est
monté sur un âne, le petit d’une ânesse. C’est le roi descendant de David, le
Messie salué par la grande multitude des assoiffés, des affamés et de ceux qui
recherchent la justice, comme étant leur libérateur, leur sauveur, leur
rédempteur.
Pour nous, ce roi-Messie de
Zacharie, c’est Jésus-Christ, en filiale communion avec le Père des Cieux, loin
des sages, des intelligents et surtout des puissants, Jésus-Christ qui nous
révèle, à nous les tout-petits, la grâce d’amour de Dieu, Jésus-Christ qui
proclame la paix et la réconciliation au chant des Béatitudes : « Bienheureux les doux… »
***
Ma sœur, mon
frère, quel sera ton choix, aujourd’hui. Quelle sera notre conversion ?
Porterons-nous toujours, en sortant du temple, le double fardeau de nos
péchés personnels et de la domination de plus en plus écrasante des tout-grands
de ce monde ?
Ou bien, nous mettrons-nous à l’école de Jésus-Christ, porterons-nous le
fardeau léger de sa parole, afin de trouver le repos de nos âmes.
Faisons donc
le choix des enfants de Dieu !
Un choix de femmes et d’hommes
qui imitent ce que Dieu à fait par son Fils, c’est-à-dire en tant qu’homme.
Nul ne nous le dit mieux que saint
Augustin, toujours dans son sermon sur le « double fardeau ».
Ecoutons ce maître, pour finir. Sa prédication a les ailes d’un oiseau :
« Ce Dieu néanmoins ayant daigné
se faire homme, si ce qu’il fait comme Dieu doit te ranimer, tu dois imiter ce qu’il fait comme homme.
« Apprenez de moi », dit-il, non pas à créer le monde ou des natures
nouvelles ; non pas même à faire ce que j’ai fait visiblement comme homme
et invisiblement comme Dieu ; non pas à chasser la fièvre du corps des
malades, à mettre les démons en fuite, à ressusciter les morts, à commander aux
vents et aux vagues, à marcher sur les eaux ; non, n’apprenez pas cela de
moi. (…)
Ces mots : « Apprenez de moi », sont adressés à tous, et personne
ne saurait se soustraire à cette obligation : « Apprenez de moi que
je suis doux et humble de cœur. » Pourquoi hésiter de porter ce fardeau ? Est-ce une charge accablante
d’être doux et pieux ? Est-ce une charge accablante d’avoir la foi,
l’espérance et la charité ? Car ce sont ces vertus qui rendent humble et doux. »
AMEN
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