jeudi 26 décembre 2019

Le Nouveau Testament sans tabous



Exégèse

Une lecture exigeante des textes fondateurs du christianisme

S’inquiétant des mises en question du politiquement correct des Évangiles et des épîtres de Paul, le théologien protestant Simon Butticaz relit très précisément les textes du Nouveau Testament. Pour conclure qu’il y a, presque toujours, malentendu.

Le Nouveau Testament sans tabous,
de Simon Butticaz,
Labor et Fides, 192 p., 18 €

L’époque y est pour beaucoup. Car Simon Butticaz, professeur de Nouveau Testament et de traditions chrétiennes anciennes à la Faculté de théologie et de sciences des religions de l’université de Lausanne (Suisse) inscrit d’emblée son essai dans l’actualité où « le religieux interroge » et « inquiète aussi, lorsqu’il se radicalise et devient violent ». Donc, pour la part qui revient aux chrétiens quant à la réponse à donner à cette inquiétude contemporaine, le spécialiste de Luc et des épîtres de Paul a décidé de formuler les questions qui fâchent, même si certaines ne sont pas nouvelles, et de les éclairer par « une lecture exigeante intellectuellement et socialement responsable ».
Soupçons et lieux communs
Dans l’ordre, chaque chapitre prend très au sérieux une grave interpellation : « Le monothéisme est-il intolérant ? » ; « Pourquoi le Nouveau Testament ne condamne-t-il pas l’esclavage ? » ; « Paul (était-il) l’ennemi des femmes ? » ; « Le Nouveau Testament (condamne-t-il) l’homosexualité ? » ; « Le tombeau (de Jésus) était-il vide ? » ; « Quelle espérance pour Israël ? », sous-entendu : « Paul était-il antisémite ? »… À chaque page la méthode est celle de l’exégèse la plus savante, tout en restant accessible « à un large public », grâce à la simplicité de l’écriture et au soin pris à donner les meilleures traductions, ainsi que les références des commentaires traditionnels. Dès lors, il apparaît que les soupçons, trop souvent devenus lieux communs de la culture moderne, relèvent du malentendu, de lectures approximatives, pour ne pas dire malveillantes, ou de confusions entre les évangiles apocryphes, ou des légendes médiévales, avec les Écritures originaires.

Jésus, un retour aux sources

Mais le résultat de ces « enquêtes » théologiques dépasse en fait leur motif initial. Au-delà de la rectification générale sur le message véritable des textes fondateurs du christianisme, quand nous les lisons replacés dans leur contexte historique et que nous écoutons le sens exact des mots, « le Nouveau Testament sans tabous » de Simon Butticaz offre, en effet, une très heureuse occasion de ressourcer sa foi en comprenant enfin ce que nous hésitons parfois à éprouver complètement. Ainsi, le sixième chapitre consacré au « tombeau vide » de Jésus est une des plus claires et précises leçons, tout à la fois historiques et théologiques, sur le sens biblique de « corps » (sôma) aujourd’hui disponible. Pour le lecteur de ces pages, le mystère de la résurrection n’a alors plus rien d’impensable, ce qui n’est pas rien.
Tradition critique
Ce n’est pas, enfin, une des moindres qualités de Simon Butticaz : son travail rend un hommage constant aux excellents maîtres et confrères dont les recherches ont nourri ses propres exégèses. À chaque fin de chapitre, une brève bibliographie invite à « aller plus loin ». Nous y remarquons l’importance, très largement reconnue par ailleurs, des œuvres de Daniel Marguerat, notamment de sa récente et remarquable synthèse, Vie est destin de Jésus de Nazareth (1). Ainsi que des plongées subtiles d’Andreas Dettwiler « dans les coulisses de l’Évangile » (2). Fort de cette belle tradition critique, Le Nouveau Testament sans tabous sort celui-ci d’un « conflit des interprétations » (Ricœur) qui tournait au cercle vicieux.

Antoine Peillon

(1) Seuil, 2019.
(2) Bayard / Labor et Fides, 2016.

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